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Le mythe de l'efficacité du libéralisme s'écroule PDF Imprimer Envoyer
Langue française - Théories économiques
Écrit par Bertrand Lemaire   
Dimanche, 05 Avril 2009 19:50

capitalisme libéral américainLa crise issue de la défaillance des emprunteurs avec subprimes entraine enfin une certaine remise en cause des dogmes libéraux. Mais ce n'est pas la première fois. En effet, ce n'est pas la première crise du libéralisme, ni la première crise du capitalisme. De tous les systèmes économiques possibles, le libéralisme apparait clairement, enfin, comme ce qu'il est : le moins efficace en plus d'être le moins juste.

Il faut d'abord préciser les termes et, en particulier, distinguer clairement le capitalisme du libéralisme économique.
Le capitalisme repose sur le principe de la distinction du capital et du travail, chacun des deux devant être rémunéré séparément lors d'une activité économique les mobilisant. Il se distingue du socialisme où le capital est soit d'Etat soit la propriété des travailleurs et où toute la rémunération directe va au travail. Il se distingue aussi de l'autogestion où propriété du capital et travail sont dans les mêmes mains et de toute une série de systèmes où cette répartition peut même parfois n'avoir aucun sens.
Mais dès lors que la société a atteint un certain niveau technique, l'existence même du capital est une nécessité : la technologie suppose des outils qui seront conservés et dont la conception, la fabrication voire également l'usage supposent une grande masse de travail et de ressources. La question ne se pose pas dans les mêmes termes à l'âge des cavernes où le capital se limite à un silex taillé pouvant être fabriqué par un travailleur chasseur en quelques heures et à l'époque d'Internet où il faut des ordinateurs, des réseaux, de l'électricité, etc.
Le libéralisme économique est une doctrine qui s'applique normalement au capitalisme mais qui peut avoir des cousins dans d'autres systèmes. Il repose sur le principe que chaque individu doit être libre d'entreprendre comme il l'entend sans aucune régulation ni règlementation. Il ne doit y avoir aucune action commune dans le cadre d'un Etat et tout doit être confié à des entrepreneurs, ceux qui ont compris les besoins des consommateurs. Bien entendu, il y a des formes moins "absolues" de libéralisme où certaines régulations et actions communes sont acceptées.
Une idée répandue veut que le libéralisme économique soit efficace bien que cruel tandis que le socialisme ou les autres doctrines prônant une certaine régulation ou action de l'Etat (comme le Colbertisme par exemple) seraient confortables pour chacun mais inefficaces.

Il s'agit d'un mythe construit par la réussite économique américaine. Notons que cette "réussite" nous a déjà valu deux crises économiques mondiales majeures : 1929 et aujourd'hui. Nous éviterons de parler des crises à causes exogènes, comme la crise du pétrole.

Pour pouvoir comparer des systèmes, il faut les placer dans des conditions similaires ou, en tous cas, étudier les conditions de réussites ou d'échecs de chacun.

L'Europe continentale a toujours vécu sous un système issu plus ou moins d'un certain colbertisme, d'un certain dirigisme d'Etat associé à l'initiative privée. Du capitalisme, oui, mais pas sans contrôle.
Ce système a permis de grandes réussites industrielles et pratiquement toutes les innovations majeures depuis deux siècles sont nées en Europe continentale.
Mais l'Europe a connu de nombreuses guerres depuis le début de la Première Révolution Industrielle. En particulier, 1871 a ruiné la France, aussi bien du point de vue public que privé : une grande masse d'or a quitté le territoire au profit de l'Empire Allemand. 1914-1918 et 1939-1945 ont détruit des régions entières, anéanti des générations d'hommes jeunes et productifs, annihilé du capital industriel en masses considérables et provoqué l'exode de nombreux cerveaux.
Malgré tout, le capitalisme dirigé européen est à l'origine de nombreuses réussites et innovations, même après le deuxième suicide collectif de 1939-1945.

Le socialisme soviétique n'était, de fait, pas véritablement capable de nourir sa population mais il n'y avait pas de famine non plus. Le niveau technique était excellent et, dans bien des domaines, la science soviétique fut longtemps en avance sur la science occidentale, de la médecine (pensons par exemple aux opérations de la myopie) à l'exploration spatiale.
Ce socialisme soviétique était lié à une dictature paralysant les initiatives et les remises en causes ainsi que par une bureaucratie étouffant tout. Les "cerveaux", moteurs de l'innovation, étaient, de plus, régulièrement victimes de purges. Personne ne saurait en faire un modèle mais, malgré tout, les réussites de ce système sont indéniables.
A cela s'ajoute les circonstances de sa naissance : une trentaine d'années de guerre civile suivies d'une guerre (1941-1945) qui fit bien plus de dégâts sur le territoire soviétique que partout ailleurs. Là encore, les destructions de capital furent considérables, paralysant l'économie durant des années.
Le socialisme maoïste et le capitalisme socialiste chinois actuel ont suivi une période d'environ un siècle de guerres civiles et de troubles divers ainsi qu'une guerre particulièrement douloureuse avec le Japon. La Chine est donc sortie du Moyen-Age en 1949. Soixante ans après, c'est la première puissance mondiale ou à peu près, malgré plusieurs périodes de quasi-guerres civiles (comme la Révolution Culturelle). On peut difficilement faire plus efficace... même si ce n'est guère un pays où il fait bon vivre du point de vue des Droits de l'Homme.

La libéralisme américain, lui, est né dans une période d'extension territoriale et démographique considérables. Ces deux extensions sont des accélérateurs de croissance économique. A cela s'ajoute que sa population en croissance forte était essentiellement jeune et bien formée... en Europe. De plus, lors des conflits intra-européens, les Etats-Unis ont récupéré "gratuitement" de nombreux "cerveaux" européens.
Les Etats-Unis n'ont jamais connu d'invasion étrangère si on excepte une petite guerre avec l'Empire Britannique en 1812-1815 qui a abouti à l'incendie de la Maison Blanche (1814), ce qui constitua la principale perte en capital du pays. Les plus grosses destructions de capital réel jamais connues par les Etats-Unis sont probablement, en absolu, la destruction de la flotte militaire à Pearl Harbor et, pour ce qui concerne le secteur civil, les attentats du 11 septembre 2001 où deux tours se sont effondrées, produisant moins de morts et moins de destructions qu'un seul jour de guerre moderne dans n'importe quel autre pays. La seule véritable guerre, dont la plus grosse destruction fut l'incendie d'une petite ville autour d'une grande gare, Atlanta (en 1864), fut la guerre civile dite guerre de sécession (1861-1865).
Autrement dit : le libéralisme américain est né dans la croissance structurelle, a bénéficié d'une forte croissance automatique liée à sa démographie, n'a jamais rencontré l'obstacle majeur constitué des guerres sur son sol... mais a connu deux crises majeures, a provoqué de nombreuses inégalités sociales et n'est pas même capable d'être à l'origine d'une seule innovation majeure, pas même l'informatique, inventée en Europe.

Avec cette petite comparaison, il est aisé de constater que le Libéralisme est probablement le système économique le plus inefficace qui soit, du moins parmi ceux ayant survécu jusqu'à notre époque et s'exécutant dans une civilisation technologique.

 

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