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Sectes et religions : halte à la confusion PDF Imprimer Envoyer
Langue française - Spiritualités et Religions
Écrit par Bertrand Lemaire   
Samedi, 01 Janvier 2005 00:00

Définir clairement les mots et les concepts est la base de tout raisonnement solide. En particulier pour éviter les polémiques stériles. C'est notamment important de bien distinguer les religions et les sectes.

Beaucoup de mots ont subi une altération de sens au cours de l’histoire ou, éventuellement, n’ont absolument pas le même sens selon le contexte culturel ou sociologique de locuteur. Par exemple, la locution «bon petit plat d’été» ne renverra pas à la même chose si le locuteur habite le Sud Ouest (cassoulet à la graisse d’oie et au confit de canard avec une petite entrée légère au foie gras) ou bien la Norvège (un toast au saumon fumé). Le mot «patron» n’aura pas le même sens au Medef (entrepreneur) ou à la CGT (exploiteur).

De même, si vous parlez de Dieu, pensez d’abord à définir le concept: il ne signifie pas du tout la même chose pour un intégriste catholique, un catholique mystique, un bouddhiste ou bien un marxiste. A la question «Croyez-vous en Dieu ?», ne répondez jamais sans avoir fait préciser par votre interlocuteur ce qu’il entend par là : un petit vieux assis sur un nuage, une entité ayant telle ou telle caractéristique, le Tout, etc.

Tous les sujets polémiques engendrent souvent de telles confusions. Plus exactement, le lien de causalité est inverse : des définitions différentes d’un même mot font naître des polémiques.

Le mot «secte», comme le mot «religion» font partie de ceux-là.

Certes, on peut dire qu’une religion est une secte qui a réussi… à condition de prendre le mot secte dans son sens original (groupe organisé ayant une même doctrine). Certaines religions sont organisées en sectes, par exemple l’hindouisme où chaque gourou a autour de lui des sectataires, des disciples. Le protestantisme connaît aussi ce genre de mouvements. L’Eglise Catholique, au contraire, très hiérarchisée, se bat pour son homogénéité doctrinale. Dès lors, une secte ne peut qu’être hérétique, donc extérieure à l’Eglise.

Karl Marx définissait la religion comme l’opium du Peuple car il ne voyait dans le mot «religion» que la structure cléricale des églises de son temps. Il confondait donc la doctrine avec l’organisation humaine (perfectible) qui était sensée la défendre. Cette définition ne fait évidemment pas l’unanimité. Le mot «religion» renvoie étymologiquement à l’idée que l’on se fait du lien (religire = relier) entre l’Homme et Dieu. Le mot est donc sans lien avec ceux de clergé, d’Eglise, etc.

Le mot «secte» a très longtemps défini une religion ultra-minoritaire. Or, au nom des Droits de l’Homme, chacun a le droit d’avoir sa propre religion, même s’il est le seul à la partager. Donc, une «secte», dans ce sens du mot, ne peut qu’être légale et nul n’a le droit de la condamner.

Mais aujourd’hui, le mot secte renvoie à un phénomène différent dans les mass média ou dans le langage courant.

Je ne prendrais pas la définition qui m’avait été donnée lors d’une conférence de l’ADFI (Association de Défense de la Famille et de l’Individu, anti-sectes) à Lille il y a quelques années: «structure qui ne reconnaît que sa vérité propre» car, dans ce cas, l’Eglise Catholique d’avant Vatican II serait une secte (seul un protocole annexe du Concile admit la présence du «signe de l’Esprit hors de l’Eglise»).

L’idée de secte, aujourd’hui, donc, dans le langage courant, renvoie à des concepts pénaux : l’escroquerie (au moins morale), l’abus de confiance, l’abus de crédulité, etc. Une secte (toujours dans ce sens) est donc une organisation ayant des buts ou du moins des comportements criminels. Le fait qu’elle défende officiellement une doctrine quelconque est accessoire.

Rendre l’aspect doctrinaire principal ou accessoire par rapport à des buts autres et dissimulés (financiers par exemple) différencie donc définitivement la secte de la religion.

Il faut combattre les sectes, dans ce sens du mot, comme on combat des escrocs ou des voleurs.

Tant que cet aspect criminel n’est pas détecté dans une structure religieuse, nul n’a le droit de vouloir la réduire ou limiter son droit à la propagande.

Mais, si, sous couvert de religion, l’objectif est en fait d’avoir une activité commerciale (vente de livres, de séminaires, de séances de «soins», de cures divers, voire d’appareils électriques…) ou de protéger fiscalement aux Etats-Unis une activité très lucrative, la plus grande rigueur doit être adoptée. Si, pour atteindre ces vrais buts, cette organisation a des attitudes réellement criminelles (atteinte à la sûreté de l’Etat, menaces, campagnes publiques de diffamation, banqueroute,…), alors la Justice doit être impitoyable.

 

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