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Les révolutions socio-religieuses PDF Imprimer Envoyer
Langue française - Spiritualités et Religions
Écrit par Bertrand Lemaire   
Samedi, 01 Janvier 2005 00:00

Les religions aussi connaissent leurs révolutions. Souvent sous l'influence de la société où elles s'épanouissent. Le retour du religieux dans un monde en pleine révolution technique et sociétale ne peut se faire qu'au travers de véritables révolutions religieuses.

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Le phénomène religieux, au delà de l’aspect purement individuel de l’élévation spirituel des adeptes, a une réelle composante sociale et groupale.

Dans certains pays, une place croissante de la religion et des institutions religieuses s’accompagne d’une réaction de l’archaïsme le plus sauvage (l’Afghanistan est un bon exemple mais malheureusement pas le seul).

En Europe, le retour des questions religieuses est lié à l’évolution des mœurs et la démocratisation frappe les institutions les plus monolithiques et les plus hiérarchisées. Les catholiques, mêmes pratiquants, n’hésitent plus à critiquer le Pape et à affirmer leur différence d’appréciation sur des sujets de société par rapport aux positions officielles de l’Eglise. Ceux qui, aujourd’hui, pratiquent leur religion sont de «vrais» croyants, qui ont fait un «vrai» choix de vie et ne se contentent pas de suivre un culte «pour faire comme tout le monde» ou «suivre la tradition familiale».

En Angleterre, le culte anglican peut désormais être célébré par des femmes. L’un des derniers bastions de l’inégalité entre les sexes est donc tombé. Les prêtres pouvaient déjà se marier. L’Eglise anglicane se voulait donc plus proche de la «vie civile» que sa mère catholique.

L’Eglise Catholique avait fait le choix assez rapidement de ministres célibataires (mais éventuellement veufs) non pas pour des raisons dogmatiques mais pour leur permettre de rester, justement, au dessus des considérations matérielles liées à la constitution d’une famille. Cette séparation nette entre les prêtres (destinés à être stériles à partir du moment où ils étaient ordonnés) et le reste de la population («croissez, multipliez-vous…) est un choix d’organisation pratique sur lequel un concile pourrait revenir à tout moment. C’est le même motif qui avait poussé l’Eglise à interdire aux prêtres d’avoir un métier, les soumettant de fait à la charité publique ou à un système politique leur attribuant le produit d’impôts spécifiques.

Certains prêtent à Jean XXIII l’intention, peu avant sa mort, de faire tomber cette malédiction de la stérilité imposée des prêtres. Mais, alors que Vatican II bouleversait déjà l’Eglise de fond en combles, je pense que cela aurait été impossible. L’expérience des prêtres-ouvriers ne fut-elle pas brutalement interrompue alors qu’elle n’avait pour motif officiel que d’évangéliser les usines tombées dans l’escarcelle du communisme? L’Eglise Catholique est la seule Eglise chrétienne à avoir maintenu ce choix de séparer les ministres du culte du reste des hommes.

Mais la révolution semble irrésistible dans un délai assez bref (à l’échelle de l’histoire!): le nombre de prêtres diminue et les clercs mariés et élevant une famille, les diacres, eux, voient leur rôle s’accroître et leur effectif augmenter sans cesse. Le diaconat n’avait pas été institué pour suppléer les prêtres mais bien seulement pour les assister. Or, de plus en plus, ce sont des diacres qui animent des communautés paroissiales. En fait, la révolution a donc déjà eu lieu: l’Eglise est de plus en plus entre les mains d’hommes mariés et travaillant. Il ne reste qu’à l’officialiser lors d’un indispensable concile Vatican III qui permettra à l’Eglise de se réconcilier avec la modernité et de porter son message aux hommes d’aujourd’hui. Peut-être y autorisera-t-on des femmes à être ordonnées…

 

 

 

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