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Les Religions à l'aube du XXIème siècle PDF Imprimer Envoyer
Langue française - Spiritualités et Religions
Écrit par Bertrand Lemaire   
Samedi, 01 Janvier 2005 00:00

Avec la mondialisation économique est venue la mondialisation culturelle. Chacun croit connaître les religions des autres. Et souhaite choisir ce qui lui convient. Et si on tentait de mieux définir le paysage religieux ?

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La citation «Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas» d’André Malraux est aujourd’hui un lieu commun et chacun la connaît par coeur. Nous entrons dans ce fameux XXIème siècle et il est donc intéressant de se demander si André Malraux avait raison.

 

Le mouvement impulsé sous les Lumières, qui se poursuivit, du moins en Europe, au XIXème siècle voire au XXème était plutôt inverse: anti-cléricalisme puis athéisme, matérialisme philosophique puis condamnation (Karl Marx) et persécution (régimes communistes) des croyants et des croyances religieuses…

 

Même aux Etats-Unis, les religions semblaient reculer: république multiconfessionnelle dès l’origine, au XVIIIème siècle, le matérialisme de la société de consommation y triompha en tout premier lieu et ce dès l'entre-deux-guerres (Ford T...).

 

Aujourd’hui, le mouvement semble totalement inverse: l’Eglise Catholique a sa part de responsabilité dans l’effondrement du système communiste en Europe de l’Est, notamment en Pologne l’Islam est mis en avant pour justifier des guerres civiles ou entre pays différents, voire des actes criminels (terrorisme surtout) dans les pays non musulmans les Etats-Unis sont soumis à une influence croissante de quelques prédicateurs, etc.

 

Faisons donc un état des lieux.

 

Les Religions

 

Le terme de «religion» dérive de «religere», verbe latin signifiant «relier». Une religion est donc une conception du lien entre l’homme et le sacré avec ses conséquences (cultes, attitudes des croyants…), implications (conceptions du monde, devoirs du croyant…) mais aussi définitions (ce qu’est Dieu, le sacré, l’Homme…).

 

Les religions primitives s’appuient sur des divinités propres à une tribu. Les cultes ont une forte dominante sociale (initiation des adolescents pour devenir adultes, cérémonies avant le départ commun des chasseurs ou des guerriers…).

 

Les religions modernes reposent sur une conception universelle: la religion en question est applicable à tout être humain et/ou à l’ensemble de l’univers. Elles sont nées en Asie (Inde et Mésopotamie) environ 2000 ans avant notre ère. D’un côté, nous avons une conception théiste (il existe un ou des dieux personnifiables, créateurs de l’univers) et prophétique (un messager des dieux vient révéler la vérité), de l’autre nous avons une conception panthéiste (Dieu est le Tout, les dieux personnifiables ne sont que des créatures comme les hommes, des sortes de super-anges ou de super-démons) et mystique (l’homme découvre par lui-même et son propre cheminement spirituel la vérité divine). Le premier côté est celui de Zoroastre. Le second celui des Védas.

 

Les religions naissent, évoluent et meurent. Il en est de même des groupements religieux. Dans le catholicisme, la distinction est nette entre l’hérésie (doctrine contraire à celle de l’Eglise) et le schisme (mésentente humaine entre la hiérarchie de l’Eglise et un groupe de croyants qui refuse d’obéir à cette hiérarchie et s’administre selon ses propre règles), même si, dans la pratique, le schisme, qui n’est qu’une querelle de pouvoir, va souvent se justifier officiellement par un argument théologique (par exemple le schisme orthodoxe en 1052) et l’hérésie impliquer un schisme (le cas le plus flagrant est celui de Luther. Inversement, Erasme «rentrera dans le rang»).

 

L’évolution de la religion romaine est des plus intéressantes et permet de constater un certain nombre de phénomènes qui semblent assez fréquents.

 

Durant la haute antiquité, les Romains croient en les Numina (les Puissances), des forces de définition assez floues et plutôt hostiles. Pour protéger les Romains, les dieux du foyer font l’objet d’un culte domestique propre à chaque maison. Un petit autel est construit à cette attention dans chaque maison romaine et cette coutume persistera même à l’époque impériale. Les conquêtes, à commencer par celle de la Grande Grèce (Sud de l’Italie), et l’élévation culturelle de la société romaine vont profondément changer les choses. Les Numina empruntent la personnalité des dieux grecs (les grecs sont des poètes, pas les romains), Zeus devenant Jupiter par exemple. Puis la réalité de tous les dieux de toutes les tribus sera admise et les Romains chercheront à se concilier tous ces dieux du monde, ayant ainsi une vision universelle des choses religieuses, définissant les Numina au plan mondial. Ce sera la politique de la Pax Deorum (Paix des Dieux). Après la conquête de l’Egypte, le culte d’Isis sera très populaire à Rome (voir «L’Ane d’Or», d’Apulée, par exemple). Pour les Romains, dominer une partie du monde implique que les dieux tutélaires des tribus de cette partie du monde soient de leur côté. La religion grecque, empruntée par les Romains, avait elle-même beaucoup évoluée: du Zeus de chaque cité, on était passé à un Zeus commun à toute la Grèce et fusionnant toutes les histoires de Zeus locaux (ce qui lui fit un curriculum vitae un peu compliqué et un nombre incalculable de maîtresses, pour le plus grand désespoir d’Héra…). Les Grecs, admettant que ces dieux très humains, avec leurs (mauvais) caractères, étaient indignes d’avoir créé le monde, en firent ensuite des créatures de la seule Divinité que nul homme ne peut invoquer (Gaea, la Terre, mère du Ciel Ouranos, des Titans et d’autres créatures et grand-mère des dieux). Les dieux de l’Olympe étaient même soumis à certaines règles qu’ils ne pouvaient changer (le Destin est un pouvoir échappant à l’Olympe, un serment sur le Styx ne peut être rompu, un don (celui fait à Cassandre par exemple) ne peut être repris…).

 

Aujourd’hui, on distingue trois à quatre grands groupes de religions:

 

Le groupe animiste: ce groupe très éclaté concerne les survivances des religions primitives. Des religions animistes cohabitent souvent avec des religions plus modernes. C’est en particulier le cas en Afrique, où il n’est pas rare d’interroger les ancêtres ou les dieux de la forêt tout en allant tous les dimanches à une messe catholique... Certains cultes païens issus de ce groupe influencèrent l’histoire récente, notamment au travers de la mystique nazie.

 

Le groupe Asiatique, qui peut être scindé en deux: le groupe hindouïsto-bouddhiste (indo-européen à la base) et le groupe Taoïste (chinois), se croisant dans des religions tels que le Tch’an (Zen au Japon). Il est essentiellement mystique et panthéiste. Certaines religions incorporent les traces de religions très anciennes en conservant des dieux secondaires ou des démons, notamment l’hindouisme (seuls les Brahmanes se consacrent à la vraie Trinité Brahma-Vishnou-Shiva et aux avatars messianiques Rama et Krishna, les castes inférieures se consacrant aux dieux issus des religions primitives), le Tantrisme du Tibet et le Shintoïsme du Japon. Beaucoup de sectes et mouvements ayant eu un grand succès dans les années 1970 se réclament de ce groupe, par exemple la Conscience Internationale de Krishna et la Méditation Transcendantale. Certaines religions de l’Europe antique peuvent aussi y être rattachées, notamment le Druidisme, bien que cela soit donner une définition peut-être un peu large et contestable de ce groupe.

 

Le groupe abrahamique: judaïsme (aujourd’hui, issu du seul Pharisaïsme), christianisme (catholicisme, protestantisme, orthodoxie et mouvements marginaux ou nationaux), islam (sunnisme, chiisme et mouvements marginaux ou rattachés tels que les Druzes ou les Ismaéliens). Issu historiquement du patriarche sémite Abraham, ce groupe repose sur une doctrine théiste et prophétique. La continuité historique est reconnue par les religions les plus récentes par rapport aux plus anciennes (l’inverse n’est évidemment pas vrai): les Chrétiens reconnaissent les prophètes juifs, les musulmans reconnaissent en Jésus un prophète ayant préparé la mission de Mahomet. Certaines sectes ou mouvements se proposent de continuer la lignée des prophètes, notamment Moon qui est sensé être un successeur de Jésus, ou de restaurer une pureté primitive de l’Eglise (la Fraternité Saint Pie X, de Monseigneur Lefebvre par exemple). On peut également voir dans ce groupe une survivance du Zoroastrisme, en fait absorbé et digéré au cours de l’histoire par lui. La doctrine initiale de Zoroastre (deux dieux, l‘un bon créateur des choses spirituelles, l’autre mauvais créateur de la matière, s’opposant perpétuellement dans le monde dont l’objet est cette bataille), sous une forme ou une autre, plus ou moins altérée, reparaît d’ailleurs ponctuellement au sein des pays dont la population appartient majoritairement à une religion de ce groupe, par exemple le Catharisme ou certaines hérésies à l’époque des Pères de l’Eglise.

 

L’influence religieuse aujourd’hui

 

L’influence religieuse est souvent liée au lien entre politique et religion et, plus exactement, entre le sentiment national et la religion. Le cas Polonais est intéressant car il est proche de nous et incontestablement européen. L’influence de l’Eglise ne cesse de décroître en Pologne depuis la chute du communisme: l’Eglise, en tant que force organisée face à l’invasion soviétique et au communisme subi, devient inutile. En Afghanistan, le régime Taliban a pu s’imposer en luttant contre le communisme et l’invasion soviétique ainsi qu’en tant que défenseur de valeurs traditionnelles pachtounes (ce qui est faux, d’ailleurs). En Arabie Saoudite, la non-appartenance à la religion officielle (Wahhabisme, forme d’islam sunnite particulièrement dure) est pratiquement perçue comme une agression face au pays gardien des lieux saints de l’Islam. Le cas d’Israël est l’apothéose de cette optique: c’est un pays qui se justifie pour bon nombre de ses citoyens (et en opposition avec la vision des fondateurs sionistes et avec sa propre Constitution, laïque) par des préceptes religieux, justifiant ainsi l’expulsion et la soumission des Palestiniens, présents sur cette terre depuis des siècles. Même en France, le maintien du régime particulier des Eglises en Alsace-Moselle (non-séparation Eglises/Etat, comme avant 1905 partout ailleurs en France) est un élément de l’identité régionale et c’est en tant que telle, au même titre que le régime particulier de la sécurité sociale ou que la place particulière des dialectes alsaciens, que personne ne veut remettre en cause cette place importante des Eglises dans cette région.

 

Dans l’histoire récente, la révolution iranienne, la première qui mit au pouvoir des cléricaux musulmans aux rênes du pouvoir politique, était avant tout une révolution nationale anti-américaine et hostile au régime occidentalisant du Shah. La présidence de Bani Sadr, un laïque, fut même nécessaire pour consolider le régime avant la prise en main complète du pays par les cléricaux.

 

L’influence d’une religion nationale doit donc aussi être interprétée en tant que résistance collective face à la mondialisation culturelle, en tant que élément indispensable de définition de l’identité d’un groupe face à l’extérieur.

 

Il est évident, néanmoins, que l’influence d’une religion doit aussi beaucoup à la qualité de ses prédicateurs («qualité» est ici à prendre au sens de performance marketing plus que de profondeur spirituelle).

 

Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

 

André Malraux, par sa sentence si célèbre, ne faisait finalement que constater une évidence: la religion reprend petit à petit toute sa place. Se demander «pourquoi quelque chose plutôt que rien?», «Qui est-on? Où va-t-on?», a toujours fait partie de la nature humaine.

 

Ce retour de la chose religieuse, sur des bases, quoiqu’on en dise, assainies et libérées dans la plupart des pays des liens avec le pouvoir temporel, signe simplement l’échec du matérialisme athée, inadapté à répondre aux aspirations éternelles de l’homme.

 

Comme toute chose en ce bas monde, les religions servirent des maîtres avides de pouvoir ou de richesse. Il appartient à chacun de lutter contre ceux qui veulent dominer, qu’ils se cachent ou non derrière une religion.

 

 

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