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Après la centralisation croissante liée au passage du web 1.0 vers le 2.0, la prochaine étape devrait être décentralisatrice.
Dans "Web 3.0 : vers un univers virtuel participatif", il était fait l'hypothèse que le web 3.0 serait construit sur des univers virtuels reposant sur de multiples serveurs éclatés mais reliés par le successeur du lien hyper-texte, la porte d'une pièce virtuelle, à la manière de ce qui a été décrit par Pierre Béhel dans son roman Carcer. C'est sans doute très réducteur et franchement incomplet. L'histoire de l'informatique est faite d'allers et de retours autour de la question de la centralisation ou de la décentralisation des données et des programmes. Le Mainframe est l'exemple type du tout-central. A l'inverse, la micro-informatique des années 80 constitue l'apogée du décentralisé. A chaque cycle, l'amplitude diminue, à la manière d'une onde amortie : la mise en réseau des micro-ordinateurs est une manière de conserver centralisée une partie des informations, les applets s'exécutant dans des navigateurs une sorte de décentralisation des programmes du web par nature centralisé. Pour accroitre la collaboration autour de données dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler le web 2.0, la balance penche du côté de la centralisation. L'exemple caricatural est constitué avec les Google Applications. Données et programmes sont tellement centralisés que seul l'hébergeur sait (enfin, devrait savoir) où ils sont logés, l'utilisateur n'accédant à l'ensemble qu'au travers du web. Les éditeurs de logiciels pour micro-ordinateurs (au premier desquels Microsoft) se gaussent des solutions de type web 2.0 sous le prétexte -valide- que les fonctionnalités sont médiocres en regard des capacités des vrais logiciels. Et, pour répondre au défi, certains optent pour des solutions plus ou moins bâtardes. D'autres mettent en ligne des applications lourdes, comme Gaël Duval, l'un des fondateurs de Mandriva (ex-MandrakeSoft), avec Open-Office. Des éditeurs comme Microsoft disposent d'une force technologique et d'une philosophie qu'ils sont en train de renier au lieu de pousser leur avantage. Ils pourchassent des acteurs ayant choisi une autre voie que la leur et ont pris une avance considérable au lieu de persister dans une voie qui a de l'avenir. La centralisation n'est pas une panacée Certes, pouvoir "ouvrir son bureau" à partir de n'importe quel poste bureautique minimaliste est séduisant. Certes, partager aisément des données et collaborer pour leur modification à partir d'un serveur central est utile.Mais il est difficile de toujours rester connecté, notamment en situation de mobilité, c'est à dire précisément lorsque l'accès à des données stockées quelque part de manière accessible de partout a un sens. Et même si on est connecté, la quantité d'informations devant transiter par les réseaux est de plus en plus importante : la saturation ne peut qu'arriver à brève échéance. Sans parler des réseaux, la difficulté aujourd'hui, pour les centres de calcul, de trouver de l'électricité pour les alimenter, le coût associé, sans compter le coût de chaque centre en lui-même, condamne à une échéance forcément brève les services de bureautique en ligne gratuits. La puissance de calcul d'un ordinateur portable restera sans doute à terme toujours supérieure à celle que l'on pourra exiger au travers d'Internet de son droit d'usage d'une fraction d'un serveur situé quelque part. Pareillement pour le stockage. Enfin, et ce n'est pas le moindre problème, Google et ses semblables ressemblent de plus en plus au fameux Big Brother... Tout leur confier, n'est-ce pas tout leur abandonner, même ses fichiers (et donc ses données personnelles) les plus sensibles ? La collaboration sans serveur central La réponse au défi d'un partage collaboratif des données associé à des programmes localisés sur chaque machine d'individus existe sur le plan technique : le collaboratif pair-à-pair. Microsoft avait d'ailleurs racheté un programme usant de cette technologie : Groove. Comme les logiciels purement en ligne, ces types de produits sont encore très perfectibles. Ils sont donc porteurs de nombreuses versions à venir, donc de revenus assurés pour des années pour qui lancerait une véritable stratégie autour d'eux... Dans cette logique, chacun travaille dans son coin, c'est à dire sur son ordinateur, mais est connecté avec les autres ordinateurs via des espaces virtuels partagés qui se constituent lorsque la liaison est établie. La collaboration est donc possible, tout comme le travail déconnecté et l'utilisation de toute la puissance de calcul des micro-ordinateurs. Bien sûr, partager des fichiers suppose d'utiliser des normes communes, comme le mentionnait l'article "Bonnes pratiques et concurrence". Le pair-à-pair collaboratif : pas besoin de beaucoup d'imagination Bien sûr, rien n'interdira d'effectuer des sauvegardes ou des sites web hébergés comme aujourd'hui. Mais la logique du web 3.0 pourrait donc être celle d'un Internet constitué de machines de même rang (d'où la mention du pair-à-pair), apparaissant ou disparaissant du réseau Internet selon qu'elles seraient ou non allumées et connectées. Les serveurs web actuels persisteraient comme autant de lieu de rendez-vous. La messagerie instantanée serait remplacée par la possibilité d'aller "frapper à la porte" du domicile virtuel de son interlocuteur, comme décrit dans Carcer, le roman de Pierre Béhel. Le domicile virtuel proposerait, selon les autorisations accordées aux uns et aux autres, divers accès à des espaces partagés, comme autant de pièces dont chacun disposerait ou non de la clé. Certains programmes pourraient même partager des capacités de traitement, comme un moteur de recherche en pair-à-pair, par exemple le très expérimental Net2Map. Comme accéder à ses données à l'autre bout du monde, cela n'a de sens que si l'on est soi-même à l'autre bout du monde, l'utilisation d'ordinateurs portables toujours plus légers et solides devrait continuer de croître... ainsi que les solutions de sauvegarde et de cryptage des disques durs (pour se protéger contre le vol et la destruction des ordinateurs) ! Mais chacun resterait maître chez lui, ce qui est sans doute la principale différence avec le web 2.0.
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