| Internet du futur : vers un réseau de noeuds sociaux |
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| Langue française - Informatique Professionnelle | |||
| Écrit par Bertrand Lemaire | |||
| Samedi, 27 Juin 2009 10:36 | |||
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Internet est également l'outil de communication des idées, d'information et de culture au sens le plus large qui soit. Or la crise de la presse ou celle des maisons de disques, c'est à dire la crise des producteurs de contenus, est simultanée à la crise technique du réseau, victime de toutes sortes de pirates et d'escrocs. De nouveaux modèles de production de contenus apparaissent alors que de nouvelles modalités techniques de diffusion sont désormais disponibles. Un modèle global entièrement nouveau peut donc apparaitre. Voyons de quoi il peut s'agir. Le réseau Internet étant expérimental, dédié à l'origine à des échanges au sein d'une communauté restreintes de gens biens, les failles de sécurité sont gigantesques, à tous les niveaux. L'hameçonnage est rendu possible parce qu'il n'existe aucun moyen de vérifier une identité au sein du réseau. Le déni de service est possible parce que les protocoles réseaux n'ont pas prévu de les empêcher. Le pourriel n'est possible que parce que tout le courrier Internet est composé de lettres anonymes... Une refonte technique d'Internet est donc nécessaire, ainsi que de sa gouvernance politique. Mais la technique n'est qu'un moyen. La finalité d'Internet reste d'échanger de l'information. Cette information peut être commerciale ou technique au sens strict : les sites web d'entreprises par exemple. La révolution Internet a ajouté un canal de distribution, ce qui a profondément bouleversé les rapports entre producteurs et commerçants puisque les producteurs se sont mis en situation de concurrencer leurs clients directs, les distributeurs. La situation semble globalement stabilisée à ce niveau. N'y revenons pas. Bien sûr, aujourd'hui, quand on cherche une information, on s'en remet le plus souvent à des moteurs de recherche, à commencer par l'américain Google. Or, les algorithmes de tri et d'indexation sont d'un mystère insondable : la valeur d'une information n'est clairement pas prise en compte, pas plus que la fiabilité d'une source ; la pertinence est appréciée selon des critères très contestables et, en tous cas, pas au choix de l'utilisateur ; le sens critique est indispensable sur ce qui est retourné comme résultats ; les informations les plus récentes ne sont pas nécessairement indexées donc accessibles ; le filtrage politique est une réalité ; etc. Un autre type de contenus est culturel : la musique, les films, les livres. Certains auteurs assument pleinement leur diffusion via le seul Internet. Des chanteurs se font connaître en diffusant gratuitement leurs oeuvres et cherchent ensuite, le cas échéant, à tirer des revenus de concerts. Les recommandations via les réseaux sociaux (Facebook et MySpace surtout) marchent à fond dans ce domaine. Crise technique du canal de diffusion, crise du contenu. Un autre modèle à la fois du contenu et du contenant doit donc apparaître. Bref, un autre réseau doit naitre. Vers des noeuds sociaux Il y a, derrière l'expression de village mondial, une dimension souvent sous-estimée : celle de proximité. Finalement, on fait d'abord confiance à ceux que l'on connait ou qui sont des amis d'amis. C'est là le moteur des réseaux sociaux. Mais la pollution de ceux-ci par la publicité comme leurs limitations fonctionnelles les désignent clairement comme un outil transitoire. Sur le plan technique, des réseaux para-Internet commencent à se développer. Pour de mauvaises raisons, la Chine a créé son propre réseau interne, connecté à Internet après filtrage. A l'inverse, un outil de type Freenet est un réseau crypté qui fonctionne par diffusion de données de proche en proche. La multiplication des bornes réseaux domestiques, à portée d'émission les unes des autres, peut très bien présager d'un réseau réalisé sous la forme de noeuds successifs selon la vocation initiale d'Internet : l'absence de toute infrastructure centrale pouvant être détruite lors d'une attaque nucléaire... ou d'une tentative de censure. L'ouverture au reste du monde via l'Internet classique reste possible mais après validation par un point d'entrée (ce qui, théoriquement, élimine le piratage issu d'étrangers ou d'inconnus). Mais pourquoi ces noeux seraient-ils seulement de transmission ? Les noeuds sociaux peuvent également être des serveurs de contenus et de recommandations, chaque noeud ayant une identité validée. Arrêtons de jouer au chat et à la souris pour bien définir ce que seraient ces futurs noeuds sociaux. Au delà de la fonction de transmission de proche en proche des requêtes des autres noeuds, les noeuds sont avant tout des endroits de stockage de contenus propres, soit en doublon pour favoriser le partage (principe du réseau pair-à-pair), soit en original. Dans les deux cas, le propriétaire du noeud définit clairement les droits d'usage de ses capacités de transmission, et d'accès à ce qu'il héberge, le plus finement possible : qui a le droit de lire quoi, de télécharger quoi (pour éventuellement le redistribuer), de stocker quoi ou de contribuer à quoi sur un wiki présent sur le dit noeud. Les noeuds sont également, dans ce modèle, des moteurs d'indexation et de recherche, sur le modèle de Net2Map. Il indexe son propre contenu, bien sûr, mais aussi ce qu'il considère comme pertinent et stocké sur d'autres noeuds. Un utilisateur lançant une recherche va obtenir en premier lieu les résultats de son propre noeud (donc au sein des contenus qu'il a lui-même considéré comme pertinents) puis des noeuds avec lesquels il est en relation directe (donc des noeuds dans lesquels il a confiance) puis, au fil d'une propagation de la recherche de noeuds en noeuds selon le principe du pair-à-pair, les résultats vont s'enrichir de contenus validés par des sources de plus en plus éloignées. Bien entendu, il peut être envisagé d'avoir des noeuds de type "Guide Michelin d'Internet" qui délivreraient (le cas échéant contre rémunération) un tri à valeur ajoutée mais ce serait une marge du système, remplaçant les moteurs de recherche actuels de type Google. Les courriers ne sont finalement que des contenus ordinaires destinés à une ou plusieurs personnes. Il est donc inutile de prévoir une boite aux lettres centralisée (et donc fragile, facile à pirater) sur le modèle actuel du Pop/Smtp. Le noeud de l'émetteur contient le courrier et envoie une notification, via le réseau pair-à-pair, au noeud du destintaire, identifié par sa signature et sa relation à l'émetteur. Ce dernier peut, en retour, accéder au contenu qui lui est destiné, soit en le laissant sur place soit en le copiant en local sur son propre noeud. La notion de contenu privé est simple à imaginer au travers des droits d'accès attribués à chaque contenu du noeud. Bien entendu, les droits d'accès peuvent être rémunérés. Un professionnel peut laisser voir une partie du contenu de son noeud ou son index mais réserver l'accès au contenu lui-même à ses clients. Les noeuds peuvent être des machines de particuliers, bien sûr, mais aussi de professionnels voire de grandes entreprises ou administrations. Seule la taille du noeud et sa richesse propre variera. Sur le plan architectural, tous ces noeux seront des pairs, au sens classique du mot, c'est à dire des équivalents. Côté interface, le noeud peut ressembler à un site web avec des pages particulières pour les indexations ou pour lancer des recherches (Net2map est écrit en java et présente une fenêtre particulière de recherche multidimensionnelle). Mais j'aime imaginer qu'il pourrait être plus proche d'Emenu : l'univers créé par Pierre Béhel dans son roman Carcer ressemble à un Second Life en pair-à-pair où des malles contiennent les contenus que l'on souhaite stocker sur son noeud. Tant qu'à imaginer un réseau du futur, autant se faire plaisir.
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« Internet est un réseau expérimental depuis trente ans » a jugé Louis Pouzin