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Vive la crise du disque : mais l'avenir n'est pas encore écrit PDF Imprimer Envoyer
Langue française - Arts et culture
Écrit par Bertrand Lemaire   
Lundi, 18 Janvier 2010 22:05

Vive la crise du disqueIl est parfois jouissif de voir des patrons arrogants s'auto-flageller, comme dans Vive la Crise du Disque, d'Emmanuel Torregano. Journaliste, celui-ci a interrogé cinq acteurs majeurs du marché de la musique en France : Stephan Bourdoiseau (maison de disques Wagram), Thierry Chassagne (Warner Music France), Bernard Miyet (Sacem), Pascal Nègre (Universal Music France) et enfin Patrick Zelnick (Naïve et la commission gouvernementale portant son nom).
Au menu : le déclin réel des grandes maisons de disques par rapport à des années fastes de la fin du vingtième siècle. L'auteur parvient à arracher des confessions sur l'inadéquation de l'approche répressive adoptée au fil des textes toujours plus liberticides (Dadvsi, Hadopi, etc.).


Le premier coupable du déclin du marché du disque, c'est en effet les acteurs du disque eux-mêmes. Tous aujourd'hui semblent reconnaître que leur approche a été mauvaise dans une période de recomposition du marché. Cependant, la question du cycle de renouvellement des médiathèques individuelles n'est pas abordé et c'est bien dommage : le CD a bénéficié de l'abandon des supports vinyles mais le numérique peut être obtenu directement à partir des CD existants, sans que nul n'ait à racheter quoique ce soit (et en toute légalité). L'exploitation du fond de catalogue n'a plus été une stratégie payante. Le degré 0 de la créativité, les compilations, est cependant bien identifié comme une cause de chute des ventes. On redécouvre ainsi -mais un peu tard- que l'art, ce n'est ni du pognon ni du marketing.
La thèse défendue est qu'après la pluie vient le beau temps, ce d'autant plus vite que l'on est rentré dans la bourrasque de bonne heure. Selon cette théorie, le marché du disque devrait sortir de la crise avant les autres acteurs traditionnels qui commencent à s'engluer dans le numérique, de la presse au cinéma. D'où l'exclamation du Vive la crise.
Mais les modèles alternatifs sont à peine étudiés. Les limites du succès de Madonna avec le modèle du concert sont claires avec une star en fin de vie commerciale. Les insuffisances de la licence globale sont certes soulignées mais aucune véritable solution n'est apportée.
De la même façon, l'évolution du budget disponible pour acheter de la musique n'est pas non plus vraiment étudié, en dehors de considérations assez vagues sur la concurrence des autres loisirs (notamment le jeu vidéo). Quelques études de l'INSEE auraient pu montrer que, en cas de crise économique, on rogne en premier lieu sur les loisirs, en commençant par les plus superficiels et les plus faciles à obtenir sans frais (même illégalement).
Et au bout du compte, ce qui manque à cet ouvrage, c'est de regarder réellement vers l'avenir. Il se contente d'invoquer les mânes du passé en leur demandant à quelle sauce elles se verraient bien mangées. Pire : les premiers concernés -normalement- ne sont même pas interrogés : ni les consommateurs, ni les artistes.
L'auteur ne veut simplement pas voir que les dinosaures de la musique comme Universal ou Warner doivent être balayés par la météorite de la numérisation pour que la vie artistique se poursuive. En ce sens, c'est un ouvrage où presque rien ne peut être trouvé pour préparer l'avenir. Mais les instants de clairvoyance des acteurs interrogés font tout de même passer de bien agréables moments.

 

Vive la crise de la musique, par Emmanuel Torregano (Editions Les Carnets de l'Info, 173 pages, 21 euros)
Pour acquérir l’ouvrage chez l’éditeur

 

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