Saturday 31st of July 2010

Recherche sur le site

Bill Gates part à la retraite... ou presque PDF Imprimer Envoyer
Langue française - Acteurs économiques
Écrit par Bertrand Lemaire   
Dimanche, 29 Juin 2008 00:21

C'était attendu mais cela vaut bien une quasi-nécrologie générale.

Bill Gates part donc à la retraite, comme prévu. Il va cesser d'occuper des fonctions de direction chez Microsoft et se consacrer (du moins officiellement) uniquement à sa Fondation et à sa famille. La presse multiplie les articles quasi-nécrologiques. Il était normal que je cède à la même tentation.

Une vie par et pour Microsoft
Bill Gates n'est pas sorti de la misère et son cher père, avocat et procureur, n'est pas totalement innocent dans le succès de son fils, non seulement parce qu'il l'a conçu et lui a payé quelques études (rappelons qu'aux Etats-Unis ce n'est pas donné) mais aussi parce que, selon la légende, c'est lui qui lui aurait suggéré de ne pas vendre MS-Dos à IBM mais de ne céder que des licences par PC vendu... Cette nouveauté aurait fait beaucoup rire IBM qui pensait blouser le petit jeune mal dégrossi aux airs d'adolescent, le PC étant une distraction fabriquée uniquement pour faire plaisir à quelques clients idiots qui se lasseraient vite. Mais la suite de l'Histoire démontra qu'il faut se méfier des petits jeunes... Le principe de la cession du logiciel sous forme de licence autonome devait se généraliser à ce moment-là alors que, jusqu'à présent, le matériel et le logiciel étaient considérés comme un tout, le logiciel étant juste un accessoire qu'on donnait (ou presque) gentiment (ou presque) avec un Mainframe.
Même s'il faut relativiser la réalisation du rêve américain par Bill Gates, il faut admettre que cet homme marquera l'Histoire (oui, avec "H" majuscule), notamment celle de l'économie (plus que celle de la technologie informatique), sur plusieurs points :

  • Parti des classes moyennes aisées, il est arrivé en quelques années seulement à la tête de la première fortune mondiale, ce qui est un cas unique en terme de rapidité ;
  • Il a créé le modèle économique du logiciel propriétaire ;
  • Il a réalisé la totalité de son expérience professionnelle dans une seule société, qu'il a créée, Microsoft, et sans jamais en diversifier l'activité ;
  • Il quitte son entreprise pour se consacrer à des oeuvres bien avant d'être un vieillard se préoccupant de racheter son âme.

Un départ au moment où tout ce qui a fait son succès est remis en cause
IBM est du genre rancunier. Croire que l'on va blouser un petit jeune et se faire blouser par le dit petit jeune laisse des douleurs dans le bas du dos. Et, précisément, le modèle traditionnel de l'informatique où le logiciel n'est qu'un accessoire, revient en force. De plus, quelques ennuis connexes de Microsoft (comme certaines procédures judiciaires ou les difficultés rencontrées dans une certaine normalisation d'un certain format bureautique) ne se sont pas déroulés sans un certain soutien d'IBM.
En fait, ce qui a fait le succès de Bill Gates et de Microsoft est actuellement totalement remis en cause. Et je pense que Bill Gates est simplement suffisamment intelligent pour se rendre compte qu'il est trop marqué par un modèle et qu'il serait incapable d'amener son entreprise sur une voie nouvelle alors que c'est un impératif absolu pour sa survie. Il se retire donc. Avec panache. Et, rien que pour ça, bravo l'artiste. Voilà au moins quelque chose pour lequel tout le monde devrait lui rendre hommage, même Richard Stallman... On ne peut pas dire que le vieux rival Steeve Jobs ait le même panache.
Qu'est-ce qui est à ce point remis en cause ? Faisons une petite liste.
  • Le modèle du logiciel propriétaire fermé ne correspond plus aux attentes du marché. Aujourd'hui, l'informatique a trop d'importance pour qu'une entreprise, une association ou, pire, une administration, accepte de se lier pieds et poings à une entreprise privée donnée, américaine de surcroit. Le logiciel libre est avant tout une réponse à ce problème.
  • De la même façon, les formats ouverts s'imposent pour le stockage de données. Et "ouverts", c'est bien "totalement ouverts", pas un simili-ouvert avec beaucoup de zones d'ombres et d'arrières pensées. Le ratage d'OOXML est là pour démontrer que les solutions tarabiscotées sont contraires aux désirs du marché.
  • Aujourd'hui, le logiciel se banalise à très grande échelle. Ce qui fait la valeur, c'est le service métier rendu, donc l'implémentation, donc l'intégration et la personnalisation. Or cela suppose d'un côté des infrastructures solides et de l'autre du service. Le logiciel, devenu uniquement du progiciel paramétrable, devient un accessoire des deux briques entre lesquelles il se place. La promotion du logiciel libre par les SSII est une réponse à ce phénomène.
  • Pour ce qui reste de logiciel, la tendance n'est plus à la vente de licences mais à celui d'un usage : c'est le principe du Software As A Service. Le logiciel lui-même devient un non-sens, une non-préoccupation. Par contre, les données doivent pouvoir être récupérées aisément, ce qui implique des formats totalement ouverts.
  • Le rôle du micro-ordinateur tend à diminuer, à se réduire quasiment à celui d'une simple console passive comme au bon vieux temps. Les moniteurs gris et verts sont simplement remplacés par de beaux écrans en couleur avec un navigateur comme Firefox, développé par une fondation sans but lucratif.
  • Les fournisseurs tout-puissants pouvant imposer leur volonté, pouvant imposer des ventes sans valeur ajoutée pour les clients, ont disparu dans tous les marchés matures. Et aujourd'hui, l'informatique tend à atteindre la maturité. Vista et Office 2007 sont des échecs commerciaux, les premiers vrais échecs de Microsoft depuis le très bref échec de Windows Millenium, conçu comme un produit de transition, contrairement à Vista. La toute-puissance est morte et la nudité du roi implique une volonté féroce de beaucoup d'acteurs de se venger. Les ennemis de Microsoft sont nombreux. Ils veulent tous un morceau du cadavre. Et un lion blessé a du mal à se défendre contre une meute de hyènes acharnées, très mobiles et multipliant les attaques concertées de tous les côtés...
  • Le repositionnement de Microsoft n'est pas simple et l'échec du rachat de Yahoo est là pour le démontrer. Le S+S (Software & Service) est un bidule mixte certes séduisant sur le papier mais qui n'aura peut-être pas le temps de convaincre. Microsoft est has been. Il lui faudra beaucoup de milliards de dollars pour acquérir quelque firme un tant soit peu successfull que ce soit, surtout que tout le monde connait le montant du cash disponible, bien plus que si le racheteur était certes moins riche mais plus in et porteur (Google par exemple)...
  • Le rôle du poste de travail décroît au profit d'une part du connecté partout et en permanence à mon système, d'autre part de la valeur par le lien (le réseau) et la collaboration plus que par le travail individuel isolé.

Ceci dit, la fortune de Bill Gates comme le cash disponible dans les caisses de Microsoft devraient permettre à l'homme comme à la société de vivre tranquillement un certain temps. Même si le premier rang n'est d'ores et déjà plus d'actualité pour l'un et ne devrait pas tarder pour l'autre. Une légende urbaine prétend que Bill Gates aurait prophétisé, il y a quelques années, que celui qui le ruinerait était en train de travailler dans un garage... C'était l'époque où Google se créait. Dans un garage.
 

Ajouter un Commentaire

Les commentaires doivent être courtois, écrits en français correct et respecter strictement la législation sous peine de suppression voire de poursuites contre les auteurs.


Code de sécurité
Rafraîchir

Design by Joomla Bamboo